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Tout le monde en parle de Radio-Canada – Censure par omission

28 Déc

« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. » Abraham Lincoln

* Lorsque la vérité devient silence, le silence devient mensonge. *

À mon humble avis, les grands réseaux médiatiques, incluant Radio-Canada, travestissent l’esprit, la raison d’être, l’essence même du principe de la liberté de presse qui permet de dévoiler les vérités que les plus puissants ($$$) veulent taire. Aujourd’hui, cette même notion de liberté de presse sert d’argument pour ne pas tout dire! Même les « enquêteurs journalistiques » omettent (volontairement ou pas) des éléments fondamentaux à une réelle réflexion du dossier traité.

Puis il y a le « showbiz »!

J’offre ici mon analyse de l’émission qui s’appelle « Tout le monde en parle » de la chaîne de télévision publique, Radio-Canada. Elle met en vedette l’animateur, humoriste et comédien Guy A Lepage. Il est accompagné de celui qui joue le rôle de « fou du roi » dans l’émission, l’humoriste très populaire, Dany Turcotte. Chaque dimanche soir c’est entre un et deux millions de téléspectateurs au Québec qui l’écoutent!

Pendant l’émission du 6 novembre 2011, Dany Turcotte demande à Richard Desjardins ce qu’il en est des compagnies minières ailleurs qu’au Québec. La réponse (simplifiée) est qu’en Afrique, des enfants portent des souliers et ont des écoles grâce à ces multinationales et qu’en Australie, le gouvernement est automatiquement actionnaire à environ 50 % de toute exploitation minière sur son territoire. Aucune critique négative à l’égard des activités minières hors de nos frontières québécoises ne passe l’étape du montage, si, toutefois, M. Desjardins en formule. Aucune mention n’est faite d’un concitoyen québécois Alain Denault et du livre Noir Canada avec la participation de Delphine Abadie et William Sacher. Cet ouvrage fut publié en avril 2008 par la maison d’édition Écosociété. Il contient des informations corroborées par plus de mille références d’ordre public racontant des histoires d’horreurs perpétrées par des compagnies « canadiennes » d’exploration et d’extraction de minerais sur le continent africain, où lesdites entreprises ne font pas que du bien à la population et à l’environnement. Une poursuite en diffamation de six millions de dollars par une multinationale mentionnée dans le livre a connu son dénouement quelques semaines seulement avant l’émission dans un règlement hors cour. L’arrangement à l’amiable impose un bâillon à M. Deneault, à ses coauteurs et à la maison d’édition Écosociété. L’entente stipule également que le livre ne peut plus être distribué. Pourtant, les invités de l’émission ne sont pas visés par ce jugement; ils sont tout à fait libres d’en parler.

Quant aux redevances versées par ces compagnies à notre gouvernement, aucune mention n’est faite de l’existence des paradis fiscaux. Grâce à ces abris, des opérations comptables multiples permettent aux minières et autres multinationales de cacher leurs profits réels, ce qui a pour conséquence d’amoindrir davantage les recettes gouvernementales provenant de ces redevances. Malgré la pression exercée sur le gouvernement pour l’amener à modifier à la hausse le taux du pourcentage sur les profits afin que les versements des sommes dans les coffres du Trésor public soient plus importants, le travail acharné de sensibilisation auprès du public effectué par M. Desjardins et M. Lapointe dans le dossier des industrielles minières au Québec, dans ce contexte, est toujours neutralisé par le rouage des évitements et des évasions fiscales. En fin de compte, les gains pour la population sont toujours dérisoires.

Dérisoire! C’est aussi le mot approprié pour qualifier les amendes prévues par les lois et les réglementations environnementales. Lorsqu’une entreprise est prise en défaut, les montants infligés par les magistrats paraissent substantiels à prime à bord. En réalité, ils ne représentent qu’une fraction des profits (réels) engrangés par les protagonistes. Pour ces derniers, cela équivaut à de l’argent de poche! Par conséquent, ils récidivent sans hésitation et ajoutent tout bonnement ces sommes payées dans leurs frais d’exploitation, voilà tout! Cette grande lacune au détriment de notre cher environnement fut aussi absente des discussions de la soirée.

Au sujet des préoccupations environnementales, il est plus que pertinent d’inclure dans une réflexion constructive sur les activités industrielles lourdes comme l’extraction de minerais, les caractéristiques nébuleuses des nombreux accords de « Libre-échange » comme l’AÉCG. Il y a des chapitres qui autorisent les corporations à intenter des poursuites en justice auprès des nations « signataires » pour profits non réalisés lorsque de nouvelles lois, des règlements environnementaux ou sanitaires par exemple, menacent l’investissement de la corporation. En autres mots, même si nous réussissons à faire adopter des lois plus contraignantes pour mieux protéger la vie, ces accords font que nous sommes quand même perdants au bout du compte. Dans ce contexte et avec le « Plan Nord » du gouvernement libéral de Jean Charest, c’est à se demander si les compagnies s’installent partout simplement parce qu’elles anticipent les dédommagements qu’elles recevront à la suite des poursuites qu’elles intenteront grâce à ces traités de libre-échange, en l’occurrence l’AÉCG. Vont-elles faire de l’argent sans même extraire quoi que ce soit?

Et puis il y a la formule d’une émission grand public telle que celle qui nous intéresse ici amalgamant des sujets disparates de la sorte. Certains sont d’une importance cruciale pour la justice humaine et d’autres sont de nature plus légère, voire humoristique. Ce type de programme télévisuel agençant information et divertissement et attirant un très important pourcentage de la population a comme effet psychologique, auprès de son auditoire non initié aux techniques de propagandes, de diminuer l’importance des informations reçues. Le journaliste et auteur Serge Halimi, entre autres, en fait état dans ses ouvrages tels que L’opinion, ça se travailleLes médias et les « guerres justes » Kosovo, Afghanistan, Irak de Serge Halimi et Dominique Vidal (Parution en 2002, mais cinquième édition actualisée et augmentée en 2006) et Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi (1997; nouvelle édition actualisée et augmentée en 2005.)

Après mon analyse abrégée de cette partie de l’émission télévisuelle en question, peut-on supposer qu’une compréhension adéquate sur le sujet des irrégularités dans le domaine très important pour la vie et l’environnement qu’est l’industrie minière ne soit pas obtenue par l’auditoire ce soir-là? Je crois soulever suffisamment d’éléments pour engendrer (encore une fois) un questionnement sur le rôle que doit avoir une chaîne de télévision publique. La première question qui me vient à l’esprit est la suivante : Radio-Canada est-elle sous le joug des grands financiers de ce monde qui sont les propriétaires de la quasi-totalité des grands réseaux médiatiques? Ils ont le contrôle de ce qui est diffusé dans leurs médias privés. Peut-on présumer qu’ils contrôlent également notre télévision d’État?

Supposons que Radio-Canada changeait sa formule pour créer une émission appelée… « Personne n’en parle; pourquoi? »

Lien vers une pétition pour défendre la chaîne publique de télévision :
 http://www.friends.ca/ecrapoutissage/

Parenthèse : Mon film hollywoodien préféré est « Network » de Sidney Lumet sorti en 1976. Howard Beale est drôlement plus pertinent et lucide dans sa dépression que le commun des mortels!
http://www.imdb.com/title/tt0074958/ 
Et 3 extraits en 1 :
http://leweb2zero.tv/video/xxchris_804953f0f6e30dd

Patrick Collette

Artiste engagé et lanceur de baseball retraité

Théoricien des engrenages ploutocratiques